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Georges Perec, Entretiens, conférences, textes rares, inédits

Textes réunis, présentés et annotés par Mireille Ribière,

avec la participation de Dominique Bertelli

Nantes. Joseph K., 2019, 1100 p.

 

Les entretiens et conférences de Georges Perec, ainsi que les notes de lecture, essais, billets d’humeur, préfaces, articles, lettres et inédits réunis ici, témoignent de l’émergence, de l’évolution et de l’affirmation progressive d’une esthétique qui fera de lui une des figures incontournables de la littérature mondiale. L’appareil critique qui accompagne ces documents en explicite le contexte littéraire, culturel et sociopolitique.

La première partie permet, au fil des déclarations de l’écrivain, de suivre son cheminement depuis son irruption sur la scène littéraire avec Les Choses (prix Renaudot 1965) jusqu’à sa disparition en mars 1982 à l’âge de quarante-six ans, alors qu’il a atteint, grâce au succès de La Vie mode d’emploi (prix Médicis 1978), ce moment privilégié dans la vie d’une écrivain où il peut enfin « vivre de sa plume ».

Dans la seconde partie, sont rassemblés des écrits non repris dans les recueils posthumes ou restés inédits, auxquels il est fait allusion dans les entretiens et conférences et dont les plus anciens ont gagné en pertinence avec la publication récente des romans de jeunesse, L’Attentat de Sarajevo et Le Condottière. Dans ce corpus foisonnant, deux textes font hapax. L’un est un long article de Georges Perec sur la guerre d’Algérie, paru dans la revue yougoslave Pregled en 1957, bilan détaillé du conflit et de l’analyse politique « à chaud » qu’en propose le jeune homme de vingt ans. L’autre est un texte inclassable, daté de 1975, qui est l’occasion de documenter un séjour à New York riche en rencontres avec l’avant-garde new-yorkaise.

 

Comptes rendus de presse

 

Cette anthologie magistrale est en réalité un livre gigogne qui concentre plusieurs livres. C’est d’abord une collection idéale pour accompagner une découverte de Perec. Puis un dossier de presse – qui ne dit pas son nom – sans l’inconvénient d’être pléthorique car l’essentiel et le meilleur ont été pesés par les maîtres d’ouvrage. L’accueil critique réservé aux livres de Perec est condensé dans les introductions de chaque texte. Inutile alors de recourir à un autre volume recensant les articles d’époque. Ce panorama efficacement brossé donne à l’anthologie l’aspect d’un tableau de la vie littéraire de l’après-guerre aux années quatre-vingt, sur la littérature engagée, le Nouveau Roman, l’invasion de la sociologie dans l’art. Enfin, les notes de bas de page renvoient à des archives du fonds Georges Perec qui dispensent le lecteur de recourir aux essais et articles scientifiques sur Perec, la bibliographie critique étant passée en revue. Voilà pourquoi, croyant acheter un livre, vous en avez plusieurs en main. (Olivier Cariguel, « Perec en toutes lettres », La Revue des deux mondes, avril 2020.)

Il serait tentant de réduire ce volume à une suite mathématique inspirée des pratiques oulipiennes, en listant nombres et chiffres, à eux seuls impressionnants : 1100 pages, 181 textes, des milliers d’items liés à l’appareil critique — notes, entrées dans l’index des noms propres, références bibliographiques — et ces chiffres en cascade, auxquels ne peut et ne doit pas être réduit un livre, n’ont ici d’autre but que de souligner le travail prométhéen de Mireille Ribière et Dominique Bertelli.  […] Le livre est évidemment une somme indispensable pour tout amateur de Perec. (Christine Marcandier, « Georges Perec : “La vie est un livre” », Diacritik, 16 mars 2020.)

Bien plus qu’une réédition de celui de 2003, cet énorme volume permet justement de penser comment Georges Perec a lui aussi « fait son temps » […] Surtout, à la différence de travaux organisés selon les « quatre champs » énumérés dans les célèbres Notes sur ce que je cherche, ce qui fait l’intérêt de ce tome est un parcours de l’oeuvre année après année, grâce à un appareil critique magnifique centré sur la réception, et la non-réception.  (Jean-Pierre Salgas, Georges Perec : faire son temps, En attendant Nadeau, 15 février 2020.)

Qu’on ne s’y trompe pas : un tel livre n’est pas réservé aux aficionados et autres inconditionnels de Perec qui, refusant de faire leur deuil de la disparition de leur auteur, exhumeraient la moindre note écrite de sa main […] Non : ce recueil d’entretiens, de conférences, de textes rares et inédits est tout bonnement fondamental pour qui veut comprendre l’esthétique de Georges Perec, lequel – même si ce dernier, par modestie, s’en défend à maintes reprises – est bien plus conscient des objectifs qu’il cherche à atteindre et bien plus lucide sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir qu’il ne veut bien le dire. (Hicham-Stéphane Afeissa,  L’esthétique de Georges Perec, Nonfiction, 2 février 2020.)

***** Prendre Georges Perec au pied de la lettre ? L’opération est désormais jouable. Munissez-vous de la collecte titanesque de ses interventions éparses et de toute nature présentée avec force notes et notices contextuelles. (Olivier Gariguel, « Péréquation », Le Nouveau Magazine littéraire, février 2020.)

Mireille Ribière, qui a passé des années à rassembler et annoter tout ça, n’a pas perdu son temps. On y trouve toutes sortes de choses, dans cette somme. Des articles oubliés, des transcriptions d’interviews à la radio, des causeries données dans des universités australiennes, des manuscrits inachevés. Autant de pépites plus ou moins dégrossies, mais qui, chacune à sa manière, témoigne de l’intelligence supérieure d’un grand écrivain mort beaucoup trop tôt. (Grégoire Leménager, « Joseph K. publie 1100 pages d’« entretiens, conférences, textes rares, inédits » de Georges Perec, où il est question de jazz, de littérature, d’Astérix et du “computeur pour tous,  BibliObs, 9 décembre 2019.)

Voir aussi :

Mathieu Lindon, « Georges Perec: l’accent est sur le jeu », Libération, 14 février 2020.

Denis Cosnard, « La parole à Perec », Le Monde, 20 décembre 2019.

Et à écouter sur France-Culture  : « Georges Perec, poète des annnées 2020 » (25 décembre 2019).